Jean-Pierre Ori | Fondateur (à la retraite)

Jean-Pierre est certainement celui qui connaît le mieux le cœur des Ferrari anciennes. Cet homme est un fabuleux technicien, auprès duquel Christophe a eu la chance de faire mes premières gammes lorsqu'il était encore adolescent. C'est l'âme de ce garage qu'il a fondé en 1981. En 2010, nous fêtons les 55 ans d'une carrière bien remplie au service de la marque Ferrari.

Tout avait commencé un beau jour de 1954, lorsque, à peine débarqué d'Italie, Jean-Pierre Ori, alors âgé de 14 ans décida de devenir mécanicien et alla frapper à la porte de l'importateur Ferrari en Belgique… C'est le début d'une longue aventure qui s'inscrit dans l'histoire de la marque.

Voici le discours de Jean-Pierre lors de cette soirée anniversaire: "Le 25 juin 1949, deux petites barguettes rouges portant le nom déjà prestigieux en compétition vont s'attaquer au Mans, avec leur « petit » moteur V12 deux litres face à des gloires bien établies qui s'appellent Talbot, Delahaye, Delage etc. Et c'est contre toute attente la première d'une longue série de victoires dans cette course reputée des 24 heures du Mans.

En tout, de 1949 à 1984, 263 Ferrari prendront le départ des 24 heures du Mans inscrivant neuf succès au classement général dont six consécutifs dans les années 1960. Un modèle nous a fait l'honneur d'être présents ce soir, la 275 GTB pour témoigner en même temps que moi d'une incomparable aventure technique et sportive que j'ai eu la chance de vivre pour la première fois en 1959.

Je vous parle d'une autre époque, où la course déchaînait les foules qui s'amassaient autour des voitures pour vivre la course à leur manière. Une époque où les pilotes risquaient leurs vies dans chaque virage au bout de chaque ligne droite. Une époque qui refusait l'abandon pour un simple problème de frein ou de boite de vitesse. Une époque où le système D garantissait les victoires.

Je me souviens de cette édition du Mans en 1965 où la 275 GTB de l'écurie Francorchamps chauffait tellement, que j'ai dû lui refaire le nez au burin et au marteaux, pour laisser respirer la belle à bout de souffle. Cette découpe disgracieuse contre toute attente a rendu cette voiture fameuse. A un tel point que le propriétaire m'avait demandé il y a quelques années de dédicacer la photo de moi devant la malheureuse auto mutilée par mes soins. Elle sera pourtant classée première en GT et troisième au classement général à la distance ayant parcouru 4562 km en vingt-quatre heures à la moyenne de 190 km/h.

Ou encore en 1966, l'année où le duel Ford-Ferrari battait son plein. La marque était représentée par 14 voitures engagées, mais seulement 2 Ferrari ont vu la ligne d'arrivée. Victoire pour Ford, qui, en présence de Henry Ford II, va placer trois MK II aux trois premières places. Ce fut un véritable désastre pour Ferrari qui fort heureusement sauve l'honneur en remportant la victoire en catégorie GT. Cette fois-ci l'expérience avait payé mais bien loin des vainqueurs.

C'était aussi cela la course, un profond respect pour les concurrents. S'il est vrai que j'ai vécu le stress des épreuves les plus palpitantes et eu la chance d'assister les pilotes les plus talentueux, c'était avant toute chose une aventure humaine, celle d'une équipe toute entière qui non seulement se donnait sans compter pour régler la voiture à l'optimum de son potentiel avant les épreuves, mais aussi pendant l'épreuve où la course se jouait également dans les paddocks.

Nous y entamions parfois des réparations de la dernière chance. Et s'il est vrai qu'un homme seul est parfois vulnérable, une équipe peut se montrer redoutable. Jamais nous avons baissés les bras. Je me souviens de cette 275 GTB dont le moteur avait rendu l'âme juste après les essais, nous avons travaillé toute la nuit avant le départ à 3 mécanos pour effectuer la réparation. Nous nous accordions chacun à notre tour une pause d'un quart d'heure où nous pouvions dormir un peu sur les sièges inconfortables démontés à même le sol. Mais nous avions réussi, le dernier boulon fut serré à 11h pile sur la pit lane du départ, quelques secondes avant que le commissaire de course vienne plomber la voiture. Nous étions déjà morts de fatigue avant le début de la course mais nous étions heureux d'avoir relevé le défi et de lire toute la reconnaissance dans les yeux du pilote lorsqu'il démarra son moteur au levé du drapeau. Cette année-là nous avons raté de peu la victoire à deux heures de l'arrivée, nous avons dû nous contenter de la 2ème place… Pas à cause d'un problème moteur mais d'un éclatement de pneu survenue à 300km/h dans les Hunaudières ! Décidément la course réserve bien des surprises et ce tant que la ligne d'arrivée n'est pas franchie. J'ai eu la chance d'arpenter les circuits du monde entier pour assister des voitures mythiques.

Malheureusement dans les années 70 et 80 beaucoup de choses ont changé, les courses sont devenues moins conviviales et les voitures ont perdu une partie de leur âme… Heureusement aujourd'hui encore ces bolides trouvent des acquéreurs qui font renaître cette glorieuse époque en les restaurants, en les entretenant et surtout en les engageant dans des événements qui gagnent année après année en réputation. Ferrari garde toujours une place prépondérante. Témoignage incontestable d'un mythe sans équivalent dans l'histoire de l'automobile. Je vous invite à découvrir ou re-découvrir pour certains initiés la marque à travers les quelques modèles exposés ici ce soir et espère que vous passerez une excellente soirée en compagnie de ces élégantes dames.
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